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Additifs : vers la fin du secret alimentaire ?

Publié le mardi 15 septembre 2015 par C. Nivez

essai

C’est un marché mondial qui compte de nombreux opposants et quelques grands fabricants comme les suisses Givaudan et Firmenich. Mais que sait-on exactement sur les additifs alimentaires ? Cette industrie hautement technique et mondialisée, est aussi secrète que l’était le secret bancaire. Les consommateurs réclament plus de transparence. La confédération renforce son cadre législatif autour des additifs.

Après des décennies d’alimentation industrielle, la tendance s’inverse en 2015 : les consommateurs en ont assez de manger artificiel, ils veulent plus de naturel dans leur assiette. « C’est le branle-bas de combat aux Etats-Unis » confirme Philippe*, chercheur dans un grand groupe agro-alimentaire en Suisse. « La liste des additifs alimentaires autorisés sur le marché américain fait peur, car il y en a beaucoup plus qu’ailleurs… Aujourd’hui, les consommateurs se réveillent et veulent savoir ce qu’ils mangent » ajoute ce spécialiste de la nutrition transformée. Conséquence de cette prise de conscience : en 2015, Nestlé va retirer tous les arômes artificiels de ses confiseries sur les marchés européen et américain et la vogue du « Clean labels » (tous les ingrédients clairement listés et expliqués sur les emballages) se généralise.

Sommes nous-allés trop loin dans les additifs alimentaires ?

« Oui » répondent clairement les nombreux opposants à l’industrie chimique, qui dénoncent des risques majeurs pour la santé (cancers, diabète, troubles du comportement….). Russell Blaylock, scientifique et figure de l’opposition américaine aux additifs, explique que « l’exposition moyenne des individus aux toxines a décuplé avec l’industrialisation de l’alimentation. Or, ces toxines, parmi lesquelles les métaux lourds ou les additifs alimentaires, fonctionnent en synergie et s’additionnent. Les conséquences sur l’organisme et particulièrement le cerveau sont gravissimes ». En France, le livre de la pasionaria Corinne Gouget° « Additifs alimentaires, Danger » s’est écoulé à près de 200 000 exemplaires.

Face à cette opposition de plus en plus écoutée, les multinationales de l’agro-alimentaire et les organismes internationaux (OMS : Organisation Mondiale de la Santé, la FAO : Agence des Nations Unies pour l’alimentation) tiennent le discours inverse. A coup d’études scientifiques, ils recommandent les gouvernements pour autoriser tel ou tel additif alimentaire en mettant en avant leur innocuité –scientifiquement prouvée- pour l’organisme humain.

Les additifs sont inoffensifs à condition de ne pas dépasser les DJA : Doses Journalières Admissibles

et de respecter les BPF : Bonnes Pratiques de Fabrication pour les fabricants.

Le mille-feuilles réglementaire des agences gouvernementales, comme les multiples études scientifiques semblent pourtant bien impuissantes à endiguer l’explosion des troubles du métabolisme qui caractérise notre époque (obésité, diabète de type 2, maladies cardio-vasculaires, cancers) tout comme l’épidémie d’allergies alimentaires. Des troubles directement liés à la malbouffe et à l’alimentation transformée.

Pour Yves Pouliot, Docteur en nutrition à l’Université Laval du Canada, c’est le principe de précaution qui doit maintenant prévaloir : « Dans les faits, on en connaît très peu sur les interactions complexes entre les composés alimentaires, la muqueuse de l’intestin grêle et la flore microbienne du côlon… Ce manque de connaissances soulève un obstacle majeur à la compréhension de leurs mécanismes d’action. »***

LaboratoireDans ce combat « science contre conscience », la balle est aujourd’hui au centre et pour l’opinion publique, il est urgent d’attendre.

En parlant de l’aspartame (Edulcorant artificiel inventé en 1965 et commercialisé sous le numéro E951), la nutritionniste Hélène Baribeau, résume l’équation du consommateur : « Même si on a démontré son innocuité, l’aspartame demeure une substance étrangère au corps. Les scientifiques ont une démarche : ils regardent les études et en tirent des conclusions. Mais il y a aussi les croyances personnelles et le bon sens, qu’il faut respecter. »

Revenir à une alimentation plus naturelle : « la tendance est générale et l’industrie est contrainte de la suivre » confirme Philippe*: « Mais l’impact économique pour les fabricants est considérable car un arôme naturel peut couter jusqu’à 10 fois plus cher que son équivalent artificiel conçu en laboratoire. Cela freine les décisions… »

A la pression de l’opinion, s’ajoute aussi celle, moins visible, des distributeurs….

La grande distribution impose à ses fournisseurs de recevoir des produits à 70% voire 80% de leur « vie restante ». C’est le concept de « shelf life » (la durée de vie du produit en rayon) très courante dans l’alimentation. Si une confiserie a une durée de conservation de 5 mois, elle devra donc être sur le rayon du supermarché au plus tard 1 mois après sa fabrication pour respecter cette règle des « 80% de vie restante ». Cette contrainte a une conséquence directe : les fabricants sont tentés d’ajouter des additifs pour se donner une plus grande marge de manœuvre et allonger la durée de vie de leur produit en rayon.

Ce que l’opinion demande d’un côté (plus de « naturel ») est donc annulé par les impératifs économiques des fabricants et les exigences de la grande distribution.

Troisième contrainte sur le marché des additifs alimentaires : l’arsenal juridique.

Début 2014, le Département Fédéral de l’Intérieur (DFI) Suisse a publié une première ordonnance autour des additifs (http://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/20121974/index.html).

En mai 2016, pas moins de 30 nouvelles ordonnances seront mises en consultation par l’OSAV : l’Office fédéral de la securité alimentaire et des affaires vétérinaires. Les acteurs concernés (importateurs, fabricants…) pourront s’exprimer avant la mise en œuvre de ces ordonnances. La loi actuelle sur les denrées alimentaires qui date de 1992, sera complètement renouvelée en 2016.

L’objectif du législateur : garantir la « sécurité alimentaire ».

« L’alimentation est de plus en plus mondialisée et de plus en plus chimique. La présence d’antioxydants et autres agents conservateurs, sont un « plus » du point de vue de la sécurité alimentaire. » Commente André COMINOLI, chimiste cantonal adjoint au Service de la Consommation et des Affaires Vétérinaires (SCAV) du canton de Genève.

Autorité de contrôle et d’inspection des produits alimentaires, la SCAV prélève des produits mis en vente et les fait analyser en laboratoire. Pour cet organisme, il n’y a pas de bon ou de mauvais additif, seulement des additifs autorisés ou interdits. « Quand une denrée ne respecte pas les quantités autorisées sur les additifs, on peut faire retirer l’aliment de la vente. On peut aussi faire modifier son étiquette. » Mais tous les cas de fraudes comme les décisions restent uniquement connus du chimiste cantonal et de l’exploitant alimentaire ; l’information n’est pas livrée au grand public. « La loi nous impose le silence » commente André Cominoli.

La sécurité alimentaire est donc une affaire secrète pour les principaux intéressés : les consommateurs.

Que disent les fabricants d’additifs et d’arômes alimentaires ?

Contacté, Givaudan leader mondial des arômes avec 19% de parts de marché (4,4 Mds CHF en 2014) ne fait aucun commentaire tout comme son confrère suisse Firmenich, 2ème fabricant au monde d’arômes alimentaires (2,95 Mds CHF à juin 2014).

Le SYNPA, Syndicat français des producteurs et distributeurs d’ingrédients de spécialité (additifs, enzymes, compléments alimentaires…) www.synpa.org rappelle que l’utilisation des additifs alimentaires est très encadrée. « Les règles pour lancer un nouvel additif ou simplement en utiliser dans une denrée, sont très strictes. Le fabricant doit garantir l’innocuité de l’additif, son utilité et son utilisation ne doit pas tromper le consommateur » explique Mélanie Le Plaine-Mileur, la secrétaire générale du SYNPA. Celle-ci relève malgré tout « des tromperies sur les emballages, comme lorsqu’un ingrédient est préparé avec un ingrédient riche en substance autorisée comme additif alimentaire et est présenté comme un ingrédient « sans additif ».

Quelques exemples : une préparation pour crème brûlée a été vendue avec la mention « sans colorant », or elle contenait un extrait de carotte donc un colorant. Du pain de mie vendu avec la mention « sans additif » intégrait de l’extrait d’acérola (riche en acide ascorbique).

Ou encore une saucisse vendue avec la mention « sans conservateurs ajoutés » contenait un extrait d’épinard riche en nitrates. Ici, les Autorités européennes ont considéré que l’extrait d’épinards était bien utilisé pour sa fonction de conservation et la mention « sans conservateur ajouté » n’a pas pu être utilisée.

Cet article a été publié dans le magazine économique suisse BILAN le 10 mai 2015.

Notes :

*Philippe : nom connu de l’auteur.

** Ordonnance sur les additifs autorisés en Suisse appliquée depuis le 1er janvier 2014) Le Département fédéral de l’intérieur (DFI) http://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/20121974/index.html

*** Yves Pouliot : http://www.benefiq.ca/fra/wp-content/uploads/2014/04/Article-AA_Concevoir-les-ingr%C3%A9dients-sant%C3%A9-de-demain.pdf

° Corinne Gouget, auteur du best-seller : « Additifs alimentaires : danger ».http://www.santeendanger.net/

 Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Base de données des normes pour les additifs alimentaires de la FAO :

http://www.fao.org/food/food-safety-quality/scientific-advice/jecfa/jecfa-additives/fr/

 Codex Alimentarius : Base de données en ligne sur la Norme générale pour les additifs alimentaires (NGAA)

Base de données

 Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publications sur les additifs alimentaires :

Etude en anglais 1

Etude en anglais 2

 

 

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1 commentaire

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  1. Publié par Smithe377 le 9 June 2016
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